Après l'insurrection désespérée de Madrid,
la "répression du Tres de Mayo" se veut et est véritablement terrible.





    L'Espagne du début du XIXème siècle souffre de sa monarchie. Le roi Charles IV, au pouvoir depuis 1788, s'appuie sur son Premier ministre Godoy, unanimement détesté. Ferdinand, le fils du roi et prince héritier, représente les espoirs des opposants à Godoy. Le 18 mars 1808, une émeute populaire pousse Godoy à fuir et Charles IV abdique en faveur de son fils, qui devient Ferdinand VII. Peu au fait des réalités espagnoles, Napoléon croit devoir rétablir Charles IV. Au cours d'une rencontre à Bayonne avec les deux rois d'Espagne, il se convainc de la nullité de la famille royale espagnole, contraint Ferdinand à rendre la couronne à son père, et celui-ci la met à la disposition de l'Empereur. Le 6 juin 1808, Napoléon propose la couronne à son frère aîné Joseph, jusque-là roi de Naples (le maréchal Murat le remplacera). Cette "annexion familiale" de l'Espagne indispose tous ceux qui ont mis leurs espoirs en Ferdinand VII, ou en Napoléon parce qu'ils espéraient que celui-ci prendrait le parti de Ferdinand. Le retrait de ce dernier, très populaire, et la présence de soldats français désespèrent l'opinion publique. Poussée à l'émeute par des nobles et des réformistes, la population de Madrid se révolte...


  

     Le 1er mai 1808, Murat passe en revue ses troupes à Madrid où il a amassé 30 000 soldats. Le 2 mai, la population se rebelle et des combats aussi furieux qu'atroces ensanglantent la capitale pendant toute la journée. La panique gagne les soldats tandis que les Madrilènes massacrent les Français qu'ils attrapent. Des scènes horribles - des femmes déchiquetant au couteau des soldats, des chevaux dépecés, des assassinats par dizaines - se répètent pendant des heures. Le lendemain, Murat donne dans la répression. Ce jour-là, environ 500 à 1000 Espagnols et de 100 à 200 Français meurent. Le calme revient. Murat estime qu'il va durer. Ses collaborateurs espagnols jugent l'Espagne perdue pour Napoléon. Ils ont raison. La guerre éclate, l'insurrection s'étend au pays entier. Evidemment, cela n'empêche pas Joseph d'entrer dans Madrid le 20 juillet. Mais la dynamique de la résistance et de la lutte existe.



    Les Asturies du Nord sont soulevées, mais vite soumises. En revanche, à Séville, les opposants se regroupent. Aussi le général Dupont descend-il avec son armée en Andalousie. Après quelques succès, il est bloqué les 18 et 19 juillet 1808 devant la petite ville de Bailen. Là il essuie un revers militaire cuisant, d'autant plus frappant qu'il représente le premier recul sérieux infligé aux armées impériales françaises. La bataille est décisive sur le plan psychologique, elle montre aux Espagnols que la victoire est possible, mais la ténacité des Espagnols y parviendra. De son côté, le général Junot est entré au Portugal, ce qui conduit Londres à envoyer un corps expéditionnaire pour lutter contre la France et défendre le Portugal, allié militaire et surtout partenaire économique essentiel de l'Angleterre. La guerre s'internationalise. Napoléon, devant le retard pris par les opérations, se rend lui-même en Espagne. Là, de novembre 1808 à janvier 1809, avec 200 000 soldats, il consolide le pouvoir de son frère , qui s'installe à Madrid le 4 décembre. En décembre tombent aussi les capitales de l'Aragon et de la Catalogne : Saragosse et Barcelone. Napoléon quitte une Espagne mieux contrôlée, mais encore loin d'être dominée. Néanmoins, même si, au cours de 1809, le Portugal et la Galice sont définitivement libérés par les Anglais, le bilan de l'année est plutôt favorable aux Français qui, après la chute de Gérone, s'assurent de toute la Catalogne. Les deux ans qui suivent accentuent cette expansion française.



    La fin de la présence napoléonienne en Espagne est à la fois le résultat de la lutte des Espagnols et celui du déclin général de l'Empire français à partir de 1812. La coûteuse campagne de Russie affaiblit les moyens militaires de Napoléon, tandis que la situation critique en Espagne l'oblige au maintien de nombreuses troupes dans la région. Le pouvoir de Napoléon perd prise. En 1812, les armées anglo-espagnoles commandés par le duc de Wellington obtiennent de beaux succès, qui culminent avec la prise de Madrid, le 11 août. La capacité de résistance du roi Joseph reste importante, puisqu'il rentre dans sa capitale le 3 novembre. La fin de 1812 laisse croire à un redressement. Or, de janvier à juin 1813, un cinglant démenti est apporté par les faits. Du 22 mai au 30 juin, Joseph et les troupes françaises reculent de Madrid à la frontière, qu'ils passent le 1er juillet. 500 kilomètres de recul en six semaines ! Début 1814, la Catalogne est reconquise par les Espagnols.



    Le traité de Valencay (1813) rend son trône à Ferdinand VII. Pour la France napoléonienne, la guerre espagnole est un effroyable gouffre : 260 000 hommes y meurent. Le bilan est énorme aussi sur le plan financier. Véritable piège, l'Espagne constitue un handicap pour l'Empire. Côté espagnol, l'épisode permet au peuple, trop souvent divisé, de se retrouver dans une lutte commune. Ces six années de guerre deviennent, dans la mémoire collective, celles de la "guerre d'indépendance" : c'est le nationalisme des Espagnols, leur refus d'accepter une tutelle étrangère, qui explique leur détermination farouche. D'où le caractère de guerre totale pris par le conflit, les batailles et les sièges comptant presque moins que le harcèlement de la guérilla et du terrorisme. Même si l'union née de la résistance n'a pas survécu à la paix, la guerre d'indépendance reste un souvenir commun à tous, qui enseigne aux Espagnols les vertus de l'unité...


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