L'exécution du duc d'Enghien représente pour beaucoup
la première grande erreur politique de Napoléon.





    En acceptant qu'on fusille un jeune prince dans les fossés de Vincennes, Bonaparte commet un erreur politique incontestable. Peut-être hâte-t-il l'avènement de l'Empire, mais il se brouille définitivement avec les royalistes, qui, en d'autres circonstances, auraient peut-être rallié, à terme, son régime...


  

     En mars 1804, le duc d'Enghien est apparu à Bonaparte comme un ennemi qu'il fallait nécessairement abattre. A ce moment, le chef chouan Cadoudal est arrêté pour complot contre le Premier consul ; il sera bientôt guillotiné. Au cours de son interrogatoire, il a l'impression de faire allusion à un jeune prince français que les conjurés auraient eu l'intention de remettre sur le trône de France. Comme me descendant mâle de Louis XIV, le petit Louis, est mort, Bonaparte et son entourage se persuadent qu'il s'agit du duc d'Enghien, petit-fils du prince de Condé, qui réside alors dans le duché de Bade, à Ettenheim, près de Strasbourg. Une enquête faite dans cette localité révèle que le duc d'Enghien aurait eu des entretiens avec le général Dumouriez, traître au régime - c'est en fait une fausse information, le nom est erroné. Bonaparte consulte alors ses proches conseillers, Cambacérès, Talleyrand, Fouché et Murat. Il est fou de colère, et prêt à écouter le conseil le plus hardi. Celui-ci vient de Talleyrand, qui incite le Premier Consul à envoyer des forces outre-Rhin pour s'emparer du jeune prince, affirmant que le grand-duc de Bade n'a pas les moyens de s'opposer à cette intrusion dans son territoire. Sur l'ordre du Premier consul, le général Ordener, accompagné de Caulaincourt, passe alors effectivement le Rhin, avec un corps de troupe de 300 dragons. Dans la nuit du 15 mars, la maison du duc d'Enghien est cernée par les militaires. Le prince et toute sa maison sont d'abord conduits à Strasbourg via le pont de Kehl, puis à Vincennes, où ils arrivent le 20 mars en fin d'après-midi...



    Murat, alors gouverneur de Paris, attend l'arrivée du duc d'Enghien. Il a réuni une Commission militaire spéciale comprenant sept officiers et soldats. Averti, Bonaparte envoie à Vincennes son aide de camp Savary, lui donnant des consignes pour que le jugement soit rendu avant la fin de la nuit et que l'exécution ait lieu sur-le-champ. A minuit, on fait subir un premier interrogatoire d'identité au duc et celui-ci signe un procès-verbal, ajoutant de sa main qu'il demande une audience au Premier consul. Immédiatement après, le jeune Bourbon est traduit devant la Commission militaire présidée par le général Hulin, commandant de grenadiers, qui a autrefois participé à la prise de la Bastille. Une deuxième fois, Enghien demande une entrevue avec Bonaparte, ce qui lui est refusé par Savary. Alors, avec fermeté et courage, le prince répond aux questions qui lui sont posées concernant un complot contre le Premier consul. Il reconnaît avoir servi dans l'armée des émigrés pendant la Révolution, mais nie avec indignation avoir comploté contre la vie de Bonaparte. Le malheur veut qu'il admette aussi toucher une pension de l'Angleterre, ce qui est considéré comme une preuve suffisante de trahison par les juges, sommés d'en finir... Le verdict est rendu dans le délai le plus bref qui puisse s'imaginer : à 3 heures du matin, tout est terminé. Louis Antoine Henri de Bourbon, duc d'Enghien, est reconnu à l'unanimité de la Commission coupable d'avoir porté les armes contre la République française, d'avoir offert ses services au gouvernement anglais, d'avoir conspiré contre la France, d'avoir pris la tête d'un rassemblement d'émigrés et surtout d'avoir tramé une conspiration contre le Premier consul. A l'unanimité encore, la Commission militaire spéciale condamne le duc d'Enghien à la peine de mort.



    Le simulacre de procès a donc duré trois heures à peine. Le prince espère encore pouvoir obtenir l'entrevue demandée avec le Premier consul, pensant que le célèbre général ne peut obscurcir son image flatteuse en faisant verser le sang d'un innocent. Effectivement, Hulin, après le jugement, envoie un mot à Bonaparte pour lui faire part de la dernière demande du condamné. Mais la lettre est intercepté, et le Premier consul la reçoit après l'exécution. A 5 heures du matin, à la lueur d'une lanterne, le duc d'Enghien est conduit dans les douves du château de Vincennes. La fosse d'inhumation a déjà été creusée et un peloton d'infanterie attend l'ordre de tirer. C'est la dernière consolation du duc d'Enghien, qui se félicite de subir "la mort d'un soldat". Il tombe percé de balles et son cadavre est jeté dans la fosse, immédiatement comblée. Pendant la même nuit, Napoléon a eu des remords, ou plutôt il a songé qu'une clémence serait mieux apprécié des Français qu'une exécution sommaire. Aussi charge-t-il son conseiller Réal de se rendre à Vincennes et ordonner un nouvel interrogatoire. Mais malheureusement, celui-ci se trouve retardé pour des raisons obscures (sûrement l'action d'un grand ministre, peut-être Talleyrand), et arrive sur le lieu quand tout est déjà terminé.


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