Germaine Necker, dit Madame de Staël :
une femme de lettres en politique.





    Héritière de la tradition des salons de l'Ancien Régime, Germaine de Staël est aussi une fervente admiratrice des philosophes du XVIII ème siècle. Partisane d'une monarchie constitutionnelle, puis d'une république modérée, elle craint pour les libertés lorsque Bonaparte s'arroge le titre de Premier consul et, publiant plusieurs ouvrages polémiques, devient une de ses plus farouches adversaires...


    Germaine Necker est la fille du célèbre financier Jacques Necker, banquier ministre de Louis XVI. Agée de 33 ans lorsque éclate la Révolution, elle souhaite jouer un rôle politique et ouvre son salon de la rue du Bac à des hommes de tendances politiques différentes. Mais ses positions modérées lui valent de devenir la cible des républicains convaincus, et l'avènement de la Terreur, puis l'exécution du roi ruinent ses espérances : elle fuit la France et rejoint la demeure familiale de Coppet, non loin de Genève. En 1794, après la chute de Robespierre, elle revient en France où elle soutient les modérés Barras et Sieyès. Dès sa première rencontre avec Bonaparte, en décembre 1797, elle devine en lui un homme de génie et souhaite devenir son égérie. Mais celui-ci ne se laisse guère tenter par les sollicitations de Madame de Staël, d'autant qu'elle affiche des positions libérales que le futur empereur est loin de partager...


  

     En 1800, Germaine de Staël publie un ouvrage de première importance : De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales. En profond accord avec la pensée du XVIII ème siècle, elle y reprend le thème de la perfectibilité des civilisations et défend la littérature engagée. La littérature ne doit pas seulement être un art, mais aussi "un instrument d'analyse de l'homme et de transmission des Lumières". Mme de Staël affirme sa foi dans le progrès et dans la marche sans cesse ascendante de l'esprit humain. "En étudiant l'histoire, écrit-elle, il me semble qu'on acquiert la conviction que tous les évènements principaux tendent au même but : la civilisation universelle." Elle est convaincue que l'ordre civil obéit à des lois rationnelles ("c'est une science à créer que la politique") et que la littérature est l'expression de la société. Mais l'époque est à la normalisation idéologique et De la littérature est violemment critiqué dans la Décade philosophique, le Mercure de France et le Journal des débats. Seul Chateaubriand, qui pourtant ne partage pas ses idées, a le courage de dire qu'il admire son travail : "Mme de Staël donne à la philosophie ce que j'attribue à la religion", écrit-il alors.


    En 1802, elle publie un nouveau roman, Delphine, qui remporte un vif succès et la rend célèbre. Delphine, jeune veuve sensible et généreuse, refuse de tenir compte des jugements du monde et veut orienter sa vie selon son coeur. Le récit, situé sous la Révolution, met en scène le conflit entre la place que les convenances sociales imposent à une femme et son droit à accomplir son destin. Dédiée "à la France silencieuse et éclairée", Delphine critique la société qui se réorganise en conformité avec la morale chrétienne traditionnelle et selon un modèle d'autorité renforcée de l'homme sur la femme : c'est une attaque contre le nouvel ordre napoléonien dans ses aspects moraux et sociaux.


    

    Au cours de cette période, Mme de Staël voyage à travers l'Europe, séjournant l'été à Coppet, où elle entretient une cour brillante, noyau de résistance à l'Empire : elle y reçoit, entre autre, Chateaubriand, Guizot, Mme de Récamier. Elle effectue un voyage en Allemagne, où Benjamin Constant, grand écrivain et ancien amant, ne tarde pas à la rejoindre, puis séjourne en Italie, où elle entreprend Corinne, un autre roman féministe. Pendant 7 ans, elle va parcourir l'Europe en tentant de faire imposer ses idées. Elle en profite pour dénigrer "l'Ogre" (Bonaparte). Après la chute de ce dernier, la Restauration ne l'accepte pas plus. Son idéal, à cette époque, est une monarchie à l'anglaise, avec un pouvoir royal modéré par l'existence de deux chambres. Germaine Staël mourut en 1817, sans avoir pu connaître un tel régime.


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