A gauche : l'homme des lumières. A droite : l'homme des ombres...
Doutez-vous encore qu'il n'y a aucune ressemblance entre ces deux hommes ?





   Je n'aurais pas imaginé avoir à faire un article sur un débat qui n'a pour moi aucun sens. Je ne pense pas qu'il est nécessaire de dire de quel côté je suis, sachant que je n'aurais jamais créé un site sur Adolf Hitler. Mais je me rends compte que ce pseudo-débat revient à l'actualité sur certains forums, surtout depuis le séisme politique du premier tour des présidentielles d'avril 2002. Alors je vais à présent vous présenter un point de vue appuyé de faits reconnus et sans vouloir vous faire changer d'avis, vous qui mettez ces deux hommes au même niveau, je vais tenter de vous ouvrir les yeux, mais ceci pour une bonne raison : je n'aime pas plus les mensonges historiques que les critiques incessantes et gratuites, tout blanc ou tout noir avec Napoléon ? Non, je pense qu'il est possible de rétablir une forme de "vérité" à son sujet, et loin de sombrer dans la "Napoléon-mania", je vais tenter de l'ébaucher sans prétention...



   Dans les faits, on ne peut différencier Hitler et Napoléon sur leur fonction : c'est vrai, ils ont tous deux été des dirigeants politiques "absolus", en un mot des dictateurs, il n'y a pas à mentir sur ce point, tout simplement parce qu'ils ont pris le pouvoir sans accord préalable et explicite du peuple et qu'ils ont maintenu, dans un aspect général, une politique autoritaire et centralisé sur leur personne, notion que nous nuancerons plus tard ; le comble même est qu'Hitler s'est rendu maître de l'Allemagne en 1933 de manière tout à fait légale, simplement en ayant été nommé Chancelier par les membres du gouvernement de la République de Weimar (pensant faire le bon choix pour l'avoir à l'oeil...), alors que Napoléon a du organisé un Coup d'Etat.

   Relativisons bien évidemment les choses : premièrement ce Coup d'Etat s'est fait "dans les règles de l'art" si l'on peut dire, il n'y a eu aucun mort ni blessé. De plus, il était très objectivement nécessaire, le Directoire ayant été sûrement le plus mauvais gouvernement de la France Révolutionnaire. Il suffit de regarder l'état de la France en 1799 juste avant que Napoléon accède à sa tête : une économie totalement détruite, due notamment à la dévaluation incroyable de la monnaie (elle ne valait plus rien) et à la corruption maladive dont souffrait le pays ; une population appauvrie, une armée désorganisée et sous-payée... bref j'en oublie, mais il faut le dire, la France était le pays le plus pauvre d'Europe à ce moment-là. J'entends certaines personnes dirent : "Napoléon le Dictateur s'est emparé du pouvoir par un Coup d'Etat... par la force... contre tous les principes républicains etc." 100 fois oui vous avez raison, mais si lui ne s'était pas présenté, le fait est que le Comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII, aurait pu revenir au pouvoir, rétablissant la monarchie, juste 6 ans après l'exécution du Roi et le début de la Terreur ! Ou bien encore, une autre personnalité aurait pu tenter ce Coup d'Etat, comme Murat, Moreau, ... bref d'autres grands militaires de cette époque. Annotons pour clore ce point que la prise de pouvoir de cette manière s'est toujours révélé assez périlleuse, et la sentence terrible en cas d'échec, souvenons-nous que la vie de Napoléon aurait pu se terminer le soir du 10 novembre 1799, il n'y aurait jamais eu d'Empire, un autre gouvernement alors, aurait-il été mieux ? Comment le savoir ?...

   Mais pourquoi met-on alors en rapport ces deux hommes ? Tout simplement à cause des affrontements incessants qui ont secouées l'Europe de 1800 à 1815 et de 1939 à 1945. Les mettre en rapport signifie aussi qu'on les rend directement responsable de ces guerres, et par delà même des innombrables morts ; ce qui, à mon avis, est une erreur dans le cas de Napoléon. Hitler n'a fondé son IIIème Reich que sur une politique d'expansion directe, disons-le coloniale, sur l'Europe principalement et dans le monde, en vertu d'une soi-disant domination de la "race" allemande sur les autres peuples. Napoléon aurait-il donc lui aussi pratiqué une politique d'annexion sur le seul fondement d'une hégémonie de la "race" française ? Peut-être plus sur les idées révolutionnaires bienfaitrices qui accompagnaient ces annexions. Oui, Napoléon a constitué un Empire, mais il n'y a vraiment pas eu la même démarche dans les deux cas. Je m'explique...

   L'Histoire nous apprend la différence capitale qui existe entre un militaire et un "politicien", l'un est passé maître dans l'art de la guerre, l'autre dans l'art de la gouvernance, mais celui qui déclarera la guerre ne sera pas des deux celui qu'on croit : par exemple, Louis XIV le politicien-roi souhaitait voir son pouvoir s'agrandir, donc il déclarait la guerre et projetait les conquêtes, les chefs militaires de cet époque, comme Turenne, devaient gagner les batailles. On retrouve ce schéma partout, et Hitler est aussi un exemple probant : le Führer donnait les ordres de conquête, les maréchaux allemands s'exécutaient sur le terrain. Schématiquement, un militaire, ce qui paraît incroyable, ne rêvera jamais d'une conquête européenne ou mondiale. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il sait mieux que personne les sacrifices encourues et surtout les difficultés qu'il existe pour garder les conquêtes effectuées. Un Roi ou un dirigeant politique quelconque ne se préoccupe pas de ce genre de détails, seul la gloire et le prestige compte.

   Napoléon, et c'est là la difficulté de la réflexion, combine les deux fonctions : il est tout aussi présent militairement que politiquement, chose rare dans l'Histoire. Mais comment alors, suivant notre résonnement, s'est-il constitué un Empire alors qu'il n'est "qu'un simple militaire" de formation ? Examinons la situation de l'Europe pendant l'ère napoléonienne. Tout autour de la "Jeune France" révolutionnaire se dresse la "Vieille Europe" monarchique et/où impériale : l'Empire Austro-hongrois, l'Empire de Russie, le Royaume d'Angleterre, le Royaume de Prusse, celui d'Espagne, de Suède, etc. Tous ces pays ont suivis avec peur les événements de 1789 en France et ont tâché "d'étouffer" ces idées trop dangereuses pour la survie des Cours royales. Ainsi, l'Europe a déclaré la guerre à la France en 1792 ! Ainsi, quand Napoléon arrive au pouvoir, cela fait déjà 8 ans que l'Europe est à feu et à sang ; ceci beaucoup de gens l'ignorent ou font fi de l'ignorer. Ils occultent également le fait que le Consul Bonaparte, en 1802, a signé la paix d'Amiens, scellant justement ces dix années de guerre, devant instaurer l'harmonie entre les peuples ; hélas, elle fut de courte durée : l'Angleterre, ne pouvant décidément pas supporté une quelconque hégémonie française, annula ce traité en envahissant Malte, toute récente possession française...

   Le même schéma se reproduira durant toute la période impériale : les ennemis de la France lèvent une armée, la déplacent envers et contre les traités établis, et somment Napoléon de dissoudre l'Empire en ramenant les frontières à celles de 1789. L'Empereur, bien évidemment, refuse. Il n'y a alors qu'une seule solution pour lui si il veut conserver son pouvoir : il doit détruire en totalité l'armée adverse pour obliger l'ennemi à signer une nouvelle paix. Vous l'aurez remarqué, c'est un énorme cercle vicieux ! D'autant que les pays vaincus perdaient à chaque fois des parcelles de territoires ou bien étaient imposé financièrement, mais ils n'étaient jamais annexés complètement, comme pour la Seconde Guerre Mondiale, où l'Allemagne nazie s'emparait bel et bien des pays et l'incorporait totalement à leur Reich... Finalement on peut conclure, avec une certaine audace, que ce qui a fait perdre Napoléon dans son ensemble, c'est de ne pas avoir été assez dur avec l'ennemi et de l'avoir laissé à chaque fois " se refaire une santé" ! Nous allons relativiser tout cela dans une seconde partie.



  Bien que je sois un admirateur de l'Empereur et de son oeuvre, comme vous l'aurez remarqué dans notre site qui lui est tout de même dédié, je pense être assez juste avec lui, et cette deuxième partie servira à prouver aux mauvaises langues que nous ne sommes pas des fanatisés et des mystificateurs ! Nous allons énoncer ici les erreurs majeurs de Napoléon et ses plus grands défauts qui ont causé tant de malheurs...

  La principale erreur de Napoléon fut peut-être de penser qu'il pouvait tout faire... Qu'il était supérieur en tout point aux autres hommes, que lui seul voyait les choses correctement, et que seul sa vision était la bonne. Sans doute n'avait-il pas totalement tort, du moins on ne peut nier que c'était un homme hors du commun par sa vivacité d'esprit, son charisme, son savoir, sa rapide adaptation à toutes situations et à tous types de fonctions. Il n'a malheureusement pas été visionnaire sur un point : penser une seule seconde que les autres hommes et peuples pouvaient ne pas penser comme lui. L'exemple probant concerne l'Espagne : passé l'idée toujours sous-jacente de dominer l'Europe et d'y asseoir sa famille et son nom, Napoléon souhaitait vraiment offrir à ce pays la chance de se moderniser et de sortir de cette sorte de mutisme total, mais les espagnols ne l'ont pas vu comme cela et n'ont pas du tout apprécié cette intrusion française sur leurs terres, malgré les intentions à la limite louables de l'Empereur (qui fut soutenu par quelques politiciens espagnols de l'époque d'ailleurs). En bref, il aurait fallu parfois arrêter de penser pour soi-même.

  Un autre trait caractéristique bien connu, nous venons de l'évoquer, cet élan de domination sur l'Europe, sans en avoir vraiment conçu la conquête, mais, en ne l'ayant pas franchement empêché non plus... Après Austerlitz, l'Empereur a vraiment cru pour de bon que rien ni personne ne pouvait l'abattre, qu'il était immortel, tel un dieu vivant, protégé par sa bonne étoile qui ne l'avait pas quitté depuis la campagne d'Italie et qui, visiblement, ne le quitterait jamais. Comment ne pas se sentir invincible quand vous êtes le maître ? Sans doute Napoléon, après les avoir tant haïs, devint lui-même un Roi comme la France en avait connu quelques siècles plus tôt. Oui, voila, Napoléon était devenu à la fin de son règne un Roi républicain...

  Autre remarque propre à Napoléon, son sens de la mystification historique ; jamais un homme ne s'était autant soucié de son image et de la vision de sa personne qu'il allait laisser derrière lui. Son premier acte sera de mentir sur son âge à l'administration militaire, ce qui fut quand même un peu osé, peut-être dans le but de passer pour un petit génie, un doué de nature, une sorte de petit Mozart de la guerre ! Pas extrêmement grave me direz-vous, vous avez raison. Devenu général victorieux en Italie, Bonaparte s'est occupé autant de sa campagne que de lui-même, en créant par exemple un Journal de l'Armée d'Italie où les estampes, gravures et autres poèmes servirent à embellir cette nouvelle épopée menée par lui : c'est aussi dans ces récits qu'il nous livre sa version du Pont d'Arcole "franchit victorieusement", en réalité il tomba dans le fleuve presque à la moitié, et sans ses fidèles grenadiers venus pour le sauver, il n'y aurait certainement pas eu d'Empire... Passe encore ! Mais quand Bonaparte, en tant que Premier Consul, a accusé injustement et obtenu l'arrestation des meneurs jacobins de l'époque après l'attentat de la Rue Saint-Nicaise dont il avait été la victime, c'est un peu de trop ! Parfaitement informé des véritables auteurs de cet attentat, à savoir les royalistes, il avait malgré tout désigné ces bourreaux : les Jacobins ! S'ensuivit une terrible répression totalement injuste... Les exemples ne manquent pas, ils peuvent faire sourire, certains malgré tout font frémir.

  Pour conclure, je citerais toutes les grandes erreurs concrètes de Napoléon : l'exécution du duc d'Enghien, énorme erreur politique qui, même si elle a hâté l'avènement de l'Empire, a brouillé définitivement le futur-empereur avec les royalistes qui, à terme, auraient peut-être rallié son régime ; le Sacre également, proprement ridicule, a décrédibilisé son image de héros de la Révolution et de républicain convaincu, jusque dans sa propre armée ; le Blocus continental, pour affaiblir l'Angleterre économiquement, a affaibli aussi, comble de malchance, la France ; la campagne d'Espagne, quelque peu inutile dans son idée, qui a fait mourir les meilleurs soldats de l'Empire et surtout des centaines de milliers de civils ; la campagne de Russie, pour les mêmes raisons que précédemment ; s'ensuivit aussi l'idée pour l'Empereur que la situation pouvait être rattrapée après la retraite, ce qui a entraîné l'entêtement en Allemagne et en France ; etc. etc., ...


Ben-J  



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